Il était une fois un petit truc

Ils étaient deux…Deux personnes à la fois si semblables et si différentes. Elle était la terre et l’eau, il était l’air et le feu. A eux deux ils faisaient le monde. Dans la certitude, la foi, l’étonnement ou le doute, ils ne vont jamais totalement se convaincre de se lâcher la main. Jamais ils ne vont pas vouloir ni pouvoir se résoudre à voir cette rencontre si étonnante, si belle et émouvante. Jamais, cette rencontre qui a fait exploser tant de leurs certitudes, ils ne purent supporter de la voir rester vaine. Le temps, l’éloignement, les aléas de leurs vies, les embuches n’y purent rien. Envers et contre tout, le fil se maintint, envers et contre tout, sept mois ils ont résisté, sept mois ils ont lutté.

Parce que au-delà, au delà de leurs différences, au delà de leurs cartes postales sociales, un truc existait. Ce petit truc au fond d’eux, ce quelque chose qui n’est pas dans les mots mais dans les yeux, le tremblement des corps et dans les silences qu’ils soient complices ou meme genés. Ce quelque chose qui se fout des vérités sociales, ce quelque chose qui dépasse la réalité pour mener au réel vu par Lacan. ce petit truc qui aura résisté aux tempêtes, aux pièges du temps, de la distance, des occasions de la vie. Ce petit truc que toujours l’on tait, que l’on ne voit pas ou ne veut pas voir. Ce petit truc qu’on condamne, ce petit truc qu’on s’interdit et qui fait peur.

Ce truc qui toujours, souvent, n’a jamais le droit de dire son nom, de s’épanouir. Cet indicible offert par la vie que personne n’ose transformer en conviction ou en élan. Pas meme eux. Meme eux, un jour ils ne purent s’empecher de le museler et ils quittèrent leur foi pour retrouver le monde, leurs mondes. Et le petit truc forgé par la nature et le destin, resta là, vérité condamnée à devoir garder son mystère jusque la fin des temps…!

Ils me reviennent à la mémoire, je me souviens et je suis fatigué…Oui, fatigué de voir cette vérité qui toujours n’aura que l’art pour se réfugier. Cette seule raison de vivre au milieu du désert Beckettien. Fatigué de la voir battue, méprisée par ceux qui n’auront jamais le courage de quitter les rives de leur conformisme pour tenter de l’atteindre. Ceux qui pourtant continueront de lire, de regarder des films, de rêver, fantasmer sur elle. Et qui, à force de renoncements arriveront là où on arrive tous, juste pleins de leurs inutiles regrets, tant ils craignent d’avoir des remords.

Et pourtant elle sera toujours là, la vérité du monde, des sentiments, de la beauté. Dans son évidence, cette évidence qui n’est jamais facile, comme disait Hugo, mais qui est pourtant si claire, si facile à atteindre à ceux qui acceptent de la voir. Elle est là et elle attend. Je cherche un Homme disait Diogène, elle aussi…Elle attend qu’enfin l’être humain accepte de Vivre. Il attend, ce petit truc qu’on fuit dès qu’on le sent, qu’enfin l’humain quitte ses corsets et regarde au-delà de ses normes. Qu’il devienne cet être accompli, responsable autonome et libre.

Oui, je me souviens et j’ai envie de leur dire, de lui dire, au petit truc, que nous serons toujours là. Quelques-uns héritiers obstinés de Diogène à parcourir le monde notre lanterne à la main…Nous serons là, beaux et effrayants dans notre inévitable crudité, admirables et pitoyables dans notre refus de la course et notre recherche de la poésie et de la naïveté.

Je me souviens d’eux, de ce chemin, interrompu mais qu’ils auront eu la vanité ou le courage de découvrir et j’ai envie de passer le message de ces reveurs, de ces poetes fous, à ceux qui les ont condamné, à ceux qui n’osent pas. Ils disent ces hommes aux semelles de vent que : forts et fragiles nous ne chercherons jamais à vous convaincre, juste à vous montrer. Brillants et maladroits nous nous autoriserons toutes vos fautes, elles sont notre densité, notre humanité assumée.

Ce que vous appellerez notre insouciance et qui est notre lucidité portera toujours sur ses épaules la vaine gravité d’un monde empli de votre sociétalité. Désespérés et exaltés nous continuerons à traverser la vie sans nous arreter, de blessures en cicatrices. Mais toujours nous nous arreterons, disponibles et volontaires, prêts à tous les sacrifices dès que nous croiserons l’espoir, la clarté et la beauté d’une ame qui, par un regard, par un sourire, éveillera en nous cet indicible.

Cet indicible, qui, quand on ose s’en approcher ne vous quitte jamais et continue d’éclairer votre route. Parce que entre nous, après bien des années, ailleurs et différemment, ces deux là…Ils sont toujours là…Comment en serait il autrement…? Ils ont osé !

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